At Domaine des Peyre, we also have a passion for old cars…

Vins&Vintage – L’attraction pour la Traction dans le Luberon
BY: PHILIPPE GENET

Passionné de nature, cet hôtelier, devenu vigneron, a aussi plongé dans le retro qui lui rappelle les voitures de ses jeunes années. A l’image de sa superbe Traction cabriolet.

p1030516-1140x866-1“C’est par la voiture que je suis arrivé au vin ! Surprenant, non ?” Ce paradoxe, Georges Antoun, volontiers anti conformiste sur les bords, s’en amuse. Et s’en explique : “Le virus de la voiture de collection, je l’ai attrapé durant un voyage professionnel à Los Angeles où j’ai été sidéré de voir le nombre de garages qui en vendaient. Toutes ces belles carrosseries, ces odeurs de mécaniques et de vieux cuirs m’ont rappelé mon enfance. J’étais comme un gamin, et ça été le déclic. Ma première a été en 2009 une Porsche 356 cabriolet ayant appartenu, tenez vous bien, à John Kennedy qui l’avait achetée sous un prête nom ! Mais celle-là, on me l’a volée…”

Puis ont suivi MG A, TR 3, Mercedes 190 SL, Morgan, Jaguar Type E, Corvette… En 2011, en cherchant un hangar pour les abriter près de leur maison de campagne dans le Luberon, Georges Antoun et sa femme Patricia Alexandre tombent sur une ferme en ruine à Robion qui était un domaine viticole à l’abandon. L’endroit les séduit. “Et du coup, pour faire revivre cette propriété, nous nous sommes lancés dans le redémarrage de ces 25 hectares de vignoble en appellation Côte du Ventoûx et Côte du Lubéron !” explique –t- elle. La ferme restaurée s’est transformée chambres d’hôtes. Et c’est finalement ailleurs que Georges Antoun s’est trouvé sa caverne d’Ali Baba pour entreposer ses trésors. Une vingtaine de voitures qui ont toutes une histoire lui rappelant des souvenirs de jeunesse. Comme cette Traction 11 BL décapotable de 1938. Un des 4327 exemplaires fabriqués à l’usine parisienne du quai de Javel de 1934 à 1939, et plutôt rares aujourd’hui. Sans oublier une petite centaine supplémentaire qui fut produite en Belgique et en Angleterre. “Mon père avait aussi une Traction. Je me souviens encore du ronronnement de son moteur, de l’odeur spécifique à l’intérieur, et de la barre chromée au dessus du siège avant sur laquelle on s’accrochait debout derrière avec mon frère ! Magique. A l’époque, acheter une nouvelle voiture, c’était un évènenement !”

Le lancement de la Traction Citroën en 1934 a été une révolution

p1030513-copieEt dieu sait si la sortie de la Traction en avril 1934 en fut un. Une révolution, oui ! Avec son cortège d’innovations techniques comme la caisse monocoque en acier autoporteuse, et non plus fixée sur un chassis, le moteur flottant, la suspension à 4 roues indépendantes et non plus à lames, les freins hydrauliques, et surtout, la traction avant (d’où son nom) qui permettait d’abaisser la hauteur de la voiture grâce à la suppression de l’arbre de transmission sous le plancher vers les roues arrières. Le tout lui procurait une tenue de route exceptionnelle qui en fit la voiture préférée des gangsters avec sa vitesse de pointe de 135 km/h sur la 15 Six au 6 cylindres de 2,8 l de 77ch en 1938.

Hélas, lancée trop vite pour sortir la firme de ses difficultés financières après la crise de 1929, la Traction souffrant de trop de défauts précipita au contraire la faillite de Citroën qui fut rachetée fin 1934 par son plus gros créancier et fournisseur : Michelin. Les ingénieurs de Clermont-Ferrand remédièrent alors à 600 anomalies répertoriées sur la voiture. Mais André Citroën, décédé l’année suivante, n’assistera pas au succès de sa relance par de nouvelles versions 7 cv, 9 cv, puis 11 cv, avec des augmentations de cylindrées du 1303 cm3 de 32 ch au 1911 cm3 de 60 ch.Au total, 760 000 Traction seront produites jusqu’en 1957, après l’éclatement d’une deuxième révolution Citroën. Celle qui allait marquer l’histoire de l’automobile avec le lancement en 1955 d’une voiture d’avant garde ressemblant à aucune autre : la DS à suspension hydropneumatique fabriquée pendant 20 ans à 1,4 million exemplaires. Mais ce que l’on sait moins, est que derrière ces deux voitures françaises emblématiques se cachait un même génie, le sculpteur-styliste maison, Flaminio Bertoni à qui l’on doit aussi la 2CV.

p1030520“Non seulement cette Traction est mythique, mais se balader en plus dans sa version cabriolet procure des sensations qu’on ne connait pas dans une voiture fermée”, savoure Patricia Alexandre qui partage ces mêmes plaisirs de la vie que son mari Georges Antoun. “Et si on est assis à l’arrière sur la banquette installée dans le coffre ouvrant qui se transforme en dossier, je ne vous dis pas !” Ancienne journaliste gastronomie et vin, directrice du guide Gault et Millau, c’est elle qui s’implique au quotidien dans la bonne marche du domaine des Peyre (pierres en Occitan) pendant que son mari continue de perpétuer l’épopée de la famille Antoun.

Fuyant le régime ottoman, son grand père libanais parti s’exiler au Brésil avait finalement posé ses valises à Marseille en 1908. Son père allait créer une des premières agences de voyage marseillaise. Et lui, en 1968, à 25 ans transformait la maison de famille sur la Corniche en un hôtel de 13 chambres qui allait être le premier maillon de sa chaine New Hotel présente avec 10 établissements à Marseille, Paris et Bruxelles. Mais à 73 ans, il délègue un peu à ses deux filles car la vie de vigneron l’apaise, et retrouver ses autos est un plaisir : “Le vin, c’est comme les voitures anciennes. Entre les caprices de la nature ou ceux de la mécanique, on ne maitrise pas tout. Du coup, ça vous apprend la patience.” Et il en a fallu pour remonter ce vignoble en 2012. Deux ans de travaux démentiels entre la restauration de la ferme, la construction d’un chai de vinification avec 17 cuves inox thermo régulées, et la replantation de certaines parcelles en suivant les avis du conseiller du domaine, Philippe Cambie sacré “Meilleur oenologue de l’année 2010” par Robert Parker.

Treize cépages différents sont cultivés sur le vignoble

Au total, 13 cépages sont cultivés sur le domaine des Peyre : pour les vins rouges et rosés, syrah, cinsault, mourvèdre, grenache noir et carigan avec certaines vignes plantées depuis plus de 100 ans, merlot et l’espagnol tempranillo qui enrichit la palette aromatique avec des notes de myrtille, cerise et tabac . Pour les blancs, viognier, clairette, Grenache blanc, sauvignon blanc, roussane et vermentino. “Les sols calcaires à dominante argileuse, plus lourds et plus humides, nous permettent d’obtenir des vins plus vifs sur les blancs et les rosés, détaille Patricia Alexandre. Ceux à dominante sableuse, plus filtrants, ont été choisis pour y planter les cépages rouges qui ont ainsi les meilleures conditions pour donner davantage de finesse à nos vins.”Ici, pas de désherbants ou de pesticides, et un enherbement permanent afin que l’herbe absorbe l’eau et oblige les racines de la vigne à chercher l’humidité plus en profondeur. Quant aux vendanges, elle s’effectuent la nuit pour les rosés ou les blancs afin de préserver au maximum leur fraicheur et éviter l’oxydation des grappes. Si la culture, et l’élevage en barriques sont respectueux des traditions locales, ce n’est pas le cas en revanche des étiquettes de bouteilles. Elles ressemblent davantage à des unes de journaux aux titres allant de l’Equipe au Méridional en passant par La Gazette, Scoop et même Paparazzi ! C’est qu’après trente ans dans le métier, le naturel reprend parfois le dessus sous forme d’un clin d’oeil, confesse l’ex journaliste : “Je suis passé du “wine-writing” au “wine-making” !